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Shifting the Default: Gillian on Disability Justice and Workplace Change

Gillian Forth

Gillian Forth’s story with neurodiversity began when she was seventeen, sitting in a psychologist’s office and receiving a diagnosis that felt vague and strangely disconnected from her lived reality. Years later, as she worked with neurodivergent individuals professionally, she recognized herself in the people she was supporting.

As I gained a greater understanding of different neurodivergent identities, it really opened my eyes and resonated deeply.

Moral Injury in Mission-Driven Work

As she continued through various nonprofit roles, Gillian began to notice a painful disconnect. Organizations that publicly championed values of equity and justice sometimes made internal decisions that contradicted those same values.

I think even when we’re in environments where there are challenges within the larger organization, our managers can make up for them in many ways. Conversely, unsupportive managers can turn what would otherwise be a good role into an incredibly negative experience.

Stepping Into Self-Employment

Her practice, The Low Achiever, is a space where she coaches neurodivergent individuals and supports organizations with neuroinclusive practices. Her work is grounded in disability justice, intersectionality, and deep respect for lived experience.

What a Neuroaffirming Workplace Looks Like

It’s a process. It’s something that you create and co-create on a consistent basis. Because people’s needs evolve, people’s needs change, and they will conflict with each other.

The Roots of Ableism

The tip of the iceberg is awareness of disability and creating different kinds of social support or safety nets. When we go deeper under the surface of that iceberg, we’re asking questions such as what makes something an accommodation? Who decides what the default workplace is?

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L’histoire de Gillian Forth avec la neurodiversité commence à ses dix-sept ans, lorsqu’elle s’est retrouvée dans le bureau d’une psychologue et a reçu un diagnostic qui lui semblait vague et déconnecté de sa réalité vécue. On lui a indiqué qu’elle avait un trouble d’apprentissage non verbal non spécifié. Les commentaires portaient surtout sur ce qu’elle ne pouvait soi-disant pas faire, et les accommodements proposés ne résonnaient pas avec elle. Elle se souvient qu’on lui avait prédit que l’université serait difficile, une prédiction qui, au final, s’est avérée complètement inexacte.

Elle a poursuivi des études en science politique et en histoire, où elle a excellé et trouvé du plaisir. Lire et écrire lui ont toujours semblé naturels, et n’ont jamais posé problème. Pour elle, le diagnostic n’apportait aucune clarté et ne l’a jamais définie. Comme elle le disait, il « ne reflétait pas très bien [sa] réalité ».

Une nouvelle compréhension émerge

Des années plus tard, Gillian se retrouvait dans un tout autre contexte. Après plus de dix ans dans le milieu communautaire, elle a rejoint une organisation dédiée à l’accompagnement de personnes neurodivergentes en emploi. Son rôle consistait à coacher des chercheuses et chercheurs d’emploi autistes ou autrement neurodivergents, en plus d’offrir de la formation aux milieux de travail sur la neuroinclusion.

C’est en s’immergeant dans cette communauté qu’un changement inattendu s’est produit. Elle a commencé à reconnaître des aspects d’elle-même dans les personnes qu’elle soutenait. Elle l’explique simplement:

« Plus je comprenais les différentes identités neurodivergentes, plus ça résonnait profondément. »

Au fil de ses apprentissages, elle a réalisé que son premier diagnostic avait manqué quelque chose d’essentiel.

À l’âge adulte, Gillian en est venue à se reconnaître comme une femme autiste à réalisation tardive. Cette compréhension lui semblait plus juste et lui offrait enfin un langage cohérent avec son vécu. Elle a également reconnu à quel point des années de masquage, surtout en tant que femme, avaient rendu son autisme moins visible pour les autres et même pour elle-même. Cette prise de conscience est devenue une partie importante de son identité et a apporté une nouvelle clarté sur ses forces, ses défis et ses besoins.

Apprendre à travers le travail

Les premiers emplois de Gillian étaient ancrés dans le soin, la communauté et des milieux dirigés par des femmes. Son premier poste était dans l’hôpital vétérinaire de sa mère, où elle a travaillé environ dix ans, de façon intermittente, à temps partiel et avec peu d’heures. Elle nettoyait les cages, promenait les chiens et aidait les techniciennes et les vétérinaires. Travailler aux côtés de sa sœur et d’une équipe féminine lui offrait un environnement sécuritaire et flexible qui a nourri sa confiance.

Elle a ensuite travaillé comme sauveteuse, monitrice de natation, barmaid et serveuse, gagnant de l’expérience dans des environnements rapides et très sociaux. Elle appréciait plusieurs aspects de ces emplois, même si certaines dynamiques sociales étaient parfois difficiles.

Son premier rôle important dans le secteur communautaire l’a menée dans des salles de classe à Toronto, où elle animait des ateliers sur des enjeux de justice sociale. Elle adorait travailler avec des enfants et des adolescents ainsi qu’au sein d’une équipe diversifiée, mais c’est aussi là que les défis sont devenus plus profonds. Naviguer les normes sociales, les hiérarchies implicites, les attentes non dites et composer avec une pensée en noir et blanc dans un milieu de justice sociale complexe a souvent été source de confusion et de frustration. Malgré le côté gratifiant du travail, elle a vécu un important épuisement professionnel.

« J’avais l’impression qu’il manquait un soutien concret, et c’était aussi une situation financièrement précaire. »

La blessure morale dans le travail axé sur la mission

En poursuivant sa carrière dans divers organismes, Gillian a remarqué un décalage douloureux. Certains milieux qui affichaient publiquement des valeurs d’équité et de justice prenaient parfois des décisions internes qui contredisaient ces mêmes valeurs. Les contraintes de financement, l’adoucissement des positions politiques et les décisions basées sur la survie organisationnelle plutôt que le bien-être communautaire la laissaient désalignée et découragée.

Elle décrit cela comme « regarder derrière le rideau » et y voir des contradictions impossibles à concilier. Ces expériences répétées ont contribué à de la blessure morale, du burnout, et le sentiment que certains systèmes ne sont pas prêts à changer.

Cependant, il y avait des moments lumineux. Son dernier poste à temps plein était marqué par une gestion bienveillante et un environnement réellement neuroaffirmatif. Elle affirme souvent que la qualité du leadership peut transformer ou détruire une expérience de travail.

« Même dans des environnements où il y a des défis au niveau organisationnel, nos gestionnaires peuvent compenser de plusieurs façons. Et inversement, dans de bons milieux de travail avec des rôles que les gens apprécient, des gestionnaires qui ne sont pas soutenants, qui créent des obstacles ou qui ne reconnaissent pas ceux qu’une personne peut rencontrer peuvent transformer un poste qui serait autrement positif en une expérience extrêmement négative. »

Sa gestionnaire, dans ce rôle, créait un espace d’écoute, de collaboration et d’authenticité.

Se tourner vers le travail autonome

Avec le temps, le besoin d’alignement a poussé Gillian vers le travail autonome. Sa pratique, The Low Achiever, est un espace où elle accompagne des personnes neurodivergentes et soutient des organisations dans leurs démarches de neuroinclusion. Elle fait aussi du coaching en TDAH et en autisme à contrat pour deux organisations, dont l’une était son dernier employeur à temps plein.

Ce qui lui plaît le plus dans le travail autonome est l’autonomie. Elle apprécie la liberté de travailler selon son propre rythme et ses valeurs, sans devoir justifier sa vision ou la façon dont elle organise son temps. Son travail est profondément ancré dans la justice handicapée, l’intersectionnalité et la compréhension du capacitisme, du colonialisme, du capitalisme et de la suprématie blanche, des systèmes profondément ancrés dans la culture canadienne et qui façonnent l’expérience des communautés handicapées et neurodivergentes.

Gillian reconnaît que le domaine dans lequel elle œuvre est intrinsèquement politique et elle porte ces engagements dans toutes les dimensions de sa pratique. Par exemple, toutes les personnes neurodivergentes ne s’identifient pas comme personnes handicapées, et pour elle, c’est tout à fait légitime. Elle souligne toutefois que ce choix est souvent lié à des raisons complexes, façonnées par la stigmatisation, le capacitisme et des systèmes profondément enracinés comme la suprématie blanche, le capitalisme et le colonialisme. Comprendre ces dynamiques est au cœur de sa vision de la justice handicapée.

« Je pense que c’est essentiel de continuer à apprendre et à grandir dans cet espace, surtout en tant que femme blanche. Je ne pense pas qu’on puisse travailler efficacement dans ce milieu ni créer les changements que nous voulons voir sans reconnaître ces racines. »

Elle ajoute que sans comprendre l’impact de la race dans la construction sociale du handicap, il manque un élément essentiel. Il est crucial d’intégrer les perspectives et les vécus des communautés marginalisées, incluant les personnes trans et les communautés PANDC, et de les amener intentionnellement dans nos pratiques.

Créer du rythme, du repos et de la communauté

Le travail autonome apporte aussi son lot de défis. Travailler seule peut être isolant et le virtuel rend les liens plus difficiles. Gillian recherche donc intentionnellement la communauté à travers des réseaux professionnels, des conférences et des discussions en direct, même lorsque son énergie est variable.

Sa neurodivergence influence également la façon dont elle organise son travail. Elle rejette l’idée qu’il faut toujours être productif, responsable et en faire plus. Pour incarner cette vision, elle et sa conjointe ont créé leur rituel du « dimanche de repos total », une journée entièrement consacrée au repos. Ce moment intentionnel lui permet de récupérer son énergie, prévenir l’épuisement et rester enracinée.

Beaucoup de ses clientes et clients neurodivergents partagent ses valeurs, mais ont du mal à les mettre en pratique au début. Ils souhaitent se reposer sans culpabilité ou détacher leur valeur personnelle de leur productivité, mais le capacitisme intériorisé rend cela difficile. Aider les gens à désapprendre ces croyances et à développer l’autocompassion est au cœur de sa pratique. Son authenticité attire naturellement des personnes prêtes à remettre ces normes en question.

Demander de l’aide et bâtir sa propre efficacité

Un moment clé pour Gillian fut d’apprendre, surtout à l’université, à demander de l’aide et à abandonner l’idée que tout le monde s’en sortait mieux qu’elle. Elle a appris à se concentrer sur ses propres besoins et à chercher du soutien sans culpabilité. Grâce à la réflexion intentionnelle, au coaching et au travail sur elle-même, elle a développé une solide auto-efficacité: la conviction qu’elle peut réussir, et qu’elle n’a pas à tout faire seule. Des outils concrets comme l’exercice, la médication, le sommeil et la nutrition jouent aussi un rôle essentiel dans sa vie.

Les racines du capacitisme

Gillian aimerait que davantage de gestionnaires reconnaissent que la neurodivergence est différente, pas inférieure. Les croyances capacitistes selon lesquelles les personnes handicapées seraient moins capables restent tenaces, tout comme l’idée qu’embaucher des personnes handicapées signifie abaisser les attentes. Elle plaide plutôt pour des milieux qui valorisent toutes les formes de contribution, s’adaptent à la variabilité humaine et reconnaissent que tout le monde bénéficie de flexibilité et de compréhension. Les cultures vraiment inclusives reconnaissent la valeur inhérente des personnes handicapées, même lorsque leurs contributions ne sont pas mesurées par des critères économiques traditionnels.

Elle affirme que de nombreuses idées modernes sur le handicap et la neurodivergence sont profondément enracinées dans le colonialisme, le capitalisme et la suprématie blanche. Ces systèmes ont façonné la construction sociale du handicap, tout comme ils ont façonné celle de la race. Plusieurs stigmas que nous tenons pour acquis ne sont ni anciens ni universels, mais des constructions relativement récentes issues de l’histoire coloniale occidentale. Sans comprendre ces origines, dit-elle, les changements demeurent superficiels plutôt que transformateurs.

Selon elle, les conversations sur l’inclusion restent souvent à la surface. Comme elle l’explique:

« Le sommet de l’iceberg, c’est la sensibilisation au handicap et la création de soutiens sociaux. Une fois sous la surface, on se demande: qu’est-ce qu’un accommodement? Qui décide de ce qu’est le milieu de travail par défaut? »

À quoi ressemble un milieu de travail neuroaffirmatif

Pour Gillian, un milieu réellement neuroaffirmatif commence par la sécurité psychologique. Les employés devraient pouvoir exprimer leurs idées, formuler des critiques, proposer des solutions et demander du soutien aux personnes qui détiennent plus de pouvoir, le tout sans craindre de représailles. Les milieux de travail doivent aller au-delà de la tolérance et accueillir les besoins différents, tout en sachant que ceux-ci évoluent dans le temps. Un environnement neuroaffirmatif n’est pas un état final, mais un processus continu basé sur la confiance, le respect et la transparence.

« C’est un processus que l’on crée et que l’on co-crée constamment, parce que les besoins évoluent et se transforment, et qu’ils peuvent parfois entrer en conflit. »

Honorer les voix qui inspirent son travail

En conclusion, Gillian a souligné le rôle essentiel des créatrices et créateurs autistes, les défenseurs de la justice pour les personnes handicapées et tout particulièrement des leaders noirs, queers et trans en situation de handicap, qui ont profondément influencé sa compréhension de la justice handicapée. Elle leur attribue les connaissances, la communauté et le travail intellectuel qui nourrissent sa démarche.

Elle rappelle que toute personne œuvrant dans le domaine du handicap qui n’écoute pas les communautés marginalisées, en particulier les créateurs PANDC et queers handicapés, passe à côté d’une dimension cruciale. Les perspectives intersectionnelles, dit-elle, ne sont pas un extra: elles sont fondamentales.

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