Pendant la plus grande partie de sa vie, Amrrita Chopraa n’avait pas de mots pour expliquer les difficultés qu’elle rencontrait. En grandissant en Inde, on parlait rarement d’autisme ou de TDAH, et la sensibilisation était limitée. Ce n’est qu’en avril 2023 qu’elle a enfin reçu un diagnostic officiel confirmant ce qu’elle avait toujours soupçonné : elle vivait avec ces deux conditions depuis toujours.
Ce diagnostic lui a apporté de la clarté. Il a aussi révélé la stigmatisation culturelle. Beaucoup de personnes autour d’elle croyaient encore que reconnaître la neurodivergence revenait à se « coller une étiquette » négative.
« Les gens pensent que si je m’étiquette moi-même, cela pourrait nuire à ma santé mentale, » a dit Amrrita. « Mais moi, ça va. Tout va bien. C’est juste comme ça qu’ils pensent encore, même des gens de mon âge. »
Premières expériences professionnelles et signes subtils
Avant son diagnostic, Amrrita avait déjà bâti une carrière dans le domaine des technologies et des logiciels. Elle ne se voyait pas comme autiste ou ayant un TDAH, parce qu’elle ne connaissait pas grand-chose à ces conditions.
« Quand j’entendais le mot “autisme”, je pensais que c’était quelque chose de très grave, comme le cancer ou quelque chose du genre. Je n’ai jamais creusé davantage parce que je me disais : “Je n’ai rien de tout ça.” »
Avec le recul, les signes étaient clairs. Par exemple, elle changeait vite de sujet dans les conversations, ce qui déconcertait les autres. Elle trouvait les banalités épuisantes et avait du mal à lire dans les environnements bruyants et doutait d’elle-même lorsque son mari terminait rapidement des livres alors que son esprit se dispersait. De plus, elle vivait des défis sensoriels comme le besoin de lumière, l’inconfort des bureaux froids et la difficulté à maintenir le contact visuel.
Par ailleurs, les différences culturelles influençaient aussi sa façon de comprendre ces expériences. Ayant grandi en Inde, elle attribuait souvent ses difficultés à la culture plutôt qu’à la neurologie.
« Je me donnais des explications, » a-t-elle réfléchi. « Peut-être que je n’arrive pas à faire de contact visuel parce qu’en Inde, les gens voient ça différemment. Ou peut-être que je n’aime pas les banalités parce que je suis simplement plus directe. »
Naviguer dans le monde du travail
Au travail, ses défis devenaient parfois des expériences toxiques. Amrrita a raconté avoir eu des gestionnaires qui la surveillaient de très près, au point qu’elle ne se sentait pas en sécurité. L’un contrôlait son statut en ligne même après avoir quitté le bureau et lui envoyait des avertissements si elle partait trop tôt. Un autre passait chaque heure à son bureau pour vérifier son écran. Cette surveillance constante a créé un environnement profondément toxique.
Lorsque la situation a dégénéré avec un langage inapproprié, elle a trouvé le courage, grâce à un collègue de confiance, de déposer un rapport aux ressources humaines.
« Je n’avais pas le courage à ce moment-là de dire : “Arrête, ce n’est pas correct,” » a-t-elle admis. « Mais un autre collègue m’a donné de la force et j’ai fini par rédiger un rapport RH. »
Même si le processus a été long et stressant, il lui a permis de comprendre l’importance de s’affirmer même dans des environnements injustes ou insécurisants.
Trouver du soutien et une communauté
Malgré ces expériences difficiles, Amrrita a aussi trouvé de la force dans des réseaux de soutien. Dans un de ses milieux de travail, elle a rejoint un groupe de soutien volontaire pour le TDAH qui se réunissait chaque semaine.
« C’était une rencontre psychologiquement sécurisante. Tout le monde pouvait y participer. Aucune obligation, aucune question si quelqu’un ne venait pas. Nous partagions nos défis et nous nous soutenions mutuellement. C’était très validant et encourageant. »
Ces conversations l’ont encouragée à chercher son propre diagnostic. Elles l’ont aussi aidée à rencontrer d’autres personnes qui l’ont guidée dans le processus.
Les thérapies, les livres de développement personnel et le soutien par les pairs sont devenus essentiels dans ses stratégies. Elle a choisi de ne pas prendre de médication. Quand le stress monte, elle se tourne vers l’activité physique, la musique et de petites routines comme l’épicerie ou la lessive pour retrouver son équilibre.
Études et mesures d’accommodement
De retour aux études pour un MBA, Amrrita a bénéficier de mesures d’accommodement officielles pour la première fois de sa vie. Elle ne savait même pas que ces mesures existaient. Par exemple, du temps supplémentaire pour les examens et la possibilité d’enregistrer les cours ont fait une énorme différence.
« Maintenant, je sens que le jeu est équitable. J’ai assez de temps pour réfléchir quand j’écris mes examens. »
Les travaux d’équipe demeurent un défi, surtout face au rejet ou au manque d’engagement de certains pairs. Elle espère que de futurs accommodements lui permettront de travailler plus indépendamment.
Espoirs pour l’avenir
Lorsqu’on lui a demandé ce qu’elle aimerait que les gestionnaires et collègues comprennent à propos des personnes neurodivergentes, Amrrita n’a pas hésité.
« C’est encore un grand tabou. Les gens pensent à la neurodivergence de façon négative, ils croient que nous n’avons que des difficultés. Ils ne voient pas nos talents, qui sont différents de ceux des autres. C’est pourquoi je me demande toujours : est-ce sécuritaire de partager? Est-ce que je vais être jugée? »
Pour elle, l’avenir des milieux de travail inclusifs repose sur de petits changements significatifs : offrir le télétravail pour réduire les distractions, favoriser le travail d’équipe à travers des activités qui aident les gens à se connaître personnellement tout en comprenant leurs styles de travail respectifs, et créer des environnements où l’honnêteté est sécurisée.
Malgré les difficultés, Amrrita reste optimiste.
« Je pense que nous sommes spéciaux de la plus belle façon, » dit-elle avec un sourire.