Lorsque Steven Atme a reçu son diagnostic d’autisme durant son enfance, lui et ses parents ont entrepris un parcours d’apprentissage et de croissance, marqué par la patience, la curiosité et la compassion. Dès lors, ces valeurs l’ont guidé de son premier emploi chez McDo à ses nombreuses expériences de bénévolat, jusqu’à la carrière qu’il mène aujourd’hui.
Travailler dans des environnements publics animés l’a rapidement exposé à une grande diversité de personnalités. S’il a noué de solides amitiés avec ses collègues, il a aussi dû faire face à des moments d’injustice et d’incompréhension. Pourtant, malgré ces défis, il a choisi de transformer chaque expérience en occasion d’apprentissage.
« Mon tout premier emploi rémunéré était chez McDo », se souvient-il. « C’était un environnement très différent, avec des gens de tous horizons. Je m’entendais très bien avec eux, mais quand quelque chose me dérangeait, je ne savais pas comment m’affirmer. »
En parallèle, Steven a aussi investi beaucoup de temps dans le bénévolat. Il s’est impliqué dans plusieurs résidences et espaces communautaires, notamment à Sainte-Marguerite, au Château Westmount et au Temple Emmanuel Beth Shalom à Westmount. Là-bas, il aidait chaque semaine au club pour les personnes ayant subi un AVC, en servant les repas et en offrant un soutien empreint d’écoute et de bienveillance. Ces expériences ont peu à peu renforcé sa patience et sa compréhension des autres.
Sa foi et son empathie ont aussi guidé son parcours à l’Oratoire Saint-Joseph, où il a découvert une communauté différente et s’est confronté à la barrière linguistique.
« La langue française était difficile pour moi. Ma mère a essayé de me parler en arabe, mais ça ne fonctionnait pas, et c’était pareil avec le français. L’anglais était le plus facile pour moi. »
Grâce à cette expérience, il a pu améliorer son français et renforcer sa confiance en lui, tout en poursuivant ses études. Peu à peu, il est passé de la difficulté à s’exprimer à l’épanouissement dans des milieux variés. Ces apprentissages lui ont permis de développer une grande résilience et une conscience de soi profonde.
« Travailler dans ces endroits a été la plus belle période de ma vie », dit-il.
Trouver sa voix et son leadership
Aujourd’hui dans la trentaine, Steven canalise sa créativité et son vécu dans une carrière porteuse de sens. Il est musicien, interprète et enseignant en arts créatifs. Chaque jour, il aide des personnes de tous âges à découvrir la joie d’apprendre.
« J’enseigne le piano, le chant et le théâtre », explique-t-il. « J’adapte mes leçons selon la façon dont mes élèves comprennent et progressent. Mon but est de rendre l’apprentissage stimulant et amusant. »
Mais son engagement va bien au-delà de la musique. Humaniste et conférencier, Steven milite pour la compassion et la dignité en santé mentale ainsi que dans l’inclusion des personnes ayant des besoins particuliers. Dès qu’il apprend qu’une personne traverse une période difficile, il agit immédiatement.
Il se souvient d’un élève de quatrième année harcelé chaque jour pour sa différence et sa fascination pour les insectes. Voyant la détresse de l’enfant, Steven a tout fait pour le rencontrer et lui offrir du soutien.
« Les vies humaines sont très importantes », insiste-t-il. « Quand des situations comme celle-là arrivent, je laisse tout tomber. Même si j’ai un engagement prévu, l’enfant devient ma priorité. »
Par ailleurs, Steven gère sa propre entreprise artistique et éducative. Il travaille six jours par semaine par choix, se déplaçant dans les écoles et les communautés de Montréal.
« Je suis un homme-orchestre avec beaucoup de responsabilités », confie-t-il. « Je suis une personne gentille, mais avant, les changements de dernière minute me mettaient hors de moi. Aujourd’hui, j’ai appris à m’affirmer et à dire que je ne tolérerai pas d’être traité de cette façon. »
L’apprentissage de l’affirmation de soi a demandé du temps et de la réflexion. Pendant des années, Steven craignait de s’exprimer, redoutant la réaction des autres. Cependant, inspiré par la résilience de son père et son conseil de « ne pas marcher sur des œufs », il a compris que s’affirmer, c’est préserver sa dignité, pas créer un conflit.
Trouver l’équilibre et la sérénité
Malgré son emploi du temps chargé, Steven accorde une importance essentielle au repos. Bien qu’il ressente parfois de la fatigue émotionnelle, il évite l’épuisement complet grâce à une routine active qui canalise son énergie. Ainsi, une fois rentré chez lui, la fatigue s’installe naturellement et le calme revient.
Son travail est exigeant, mais son sens du but et ses valeurs familiales le gardent ancré.
« La famille est très importante », dit-il. « Je tiens profondément à la proximité que j’ai avec ma famille et mes meilleurs amis, que je considère comme ma famille élargie. Être présent pour eux, c’est essentiel. »
De plus, lorsqu’il ressent de la frustration, Steven se tourne vers le silence et la pleine conscience. Il aime marcher, faire du vélo, prier et méditer avant d’aborder les situations avec sérénité.
Respecter l’identité et la dignité
Steven souligne l’importance de respecter la manière dont chaque personne souhaite être décrite.
« Une chose que les gens oublient souvent, c’est que les opinions ne sont pas des faits », dit-il. « Il y a encore des débats sur la manière de désigner les personnes. »
Selon lui, le langage influence directement la façon dont la société perçoit les personnes neurodivergentes et ceux ayant des besoins particuliers.
« Pour moi, je déteste le mot “autiste” », a-t-il expliqué. « Pas parce que je suis dans le renoncement. Je suis très fier et béni d’avoir reçu un diagnostic d’autisme, car cela s’accompagne de nombreux dons, comme une mémoire exceptionnelle ou des compétences involontaires utiles. Mais quand j’entends le mot “autiste”, il porte une connotation de sévérité, comme s’il impliquait un manque de contrôle. Ce n’est pas le cas, et cela ne rend personne moins digne. Je préfère dire “avec autisme” pour honorer la personne avant le diagnostic, en la reconnaissant pour son nom, ses talents et son humanité. »
En fin de compte, la vision de Steven met en avant la compassion et l’individualité.
« Demandez avant de sauter aux conclusions », a-t-il dit. « Il faut toujours demander avant de supposer, personne ne réagit de la même manière. Il n’y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses, mais mieux vaut être prudent que désinvolte. »
D’ailleurs, ses réflexions s’appuient sur une expérience riche et humaine. Ses études à l’École Le Sommet, son bénévolat auprès de personnes ayant divers diagnostics et les épreuves vécues par sa famille lui ont appris que la compassion et l’empathie sont les fondations d’une véritable inclusion.
Un message aux leaders et aux collègues
Interrogé sur ce qu’il aimerait que les employeurs comprennent mieux au sujet de la neurodiversité, Steven répond sans hésiter :
« Ne jugez pas un livre à sa couverture. Apprenez à connaître la personne avant de porter un jugement. Elle pourrait bien vous surprendre. Nous sommes tous humains et animés par de grandes ambitions. »
Ainsi, il espère que les milieux de travail évolueront vers des environnements plus authentiques et respectueux. Il encourage les leaders à passer de la parole aux gestes concrets pour bâtir une inclusion durable.
En somme, l’histoire de Steven est un témoignage de persévérance, de foi et d’empathie. Par la musique, l’enseignement et la défense des droits, il incarne une vision d’inclusion et d’espoir.
« Nous sommes tous ici sur Terre pour une raison », rappelle-t-il.
Transformer les défis en actions concrètes
Au-delà de ses engagements artistiques et éducatifs, l’implication de Steven s’étend bien plus loin. En juillet 2025, il a rédigé et soumis une proposition d’Article législatif sur les besoins particuliers et la santé mentale. Ce document a été envoyé aux ministres de la Santé du Canada, ainsi qu’à ceux de l’Éducation, de l’Enseignement supérieur, des Familles et des Services sociaux dans chaque province et territoire.
« Mon message repose sur l’espoir, la foi et l’amour de tous les êtres humains », a-t-il écrit.
Dans cette optique, il a présenté cinq réformes clés pour améliorer le soutien aux personnes vivant avec des besoins particuliers ou des défis en santé mentale :
L’éducation inclusive doit adopter des styles d’apprentissage individuels
Steven a souligné que l’éducation doit être adaptée à la façon dont les élèves apprennent, communiquent et progressent. Selon lui, les enseignants doivent faire preuve de patience, d’observation et de flexibilité. Ainsi, ils peuvent créer des environnements qui favorisent la confiance en soi et la croissance personnelle.
Respecter les rêves et les ambitions des personnes ayant des besoins spéciaux
Trop souvent, les rêves des personnes neurodivergentes sont mis de côté. « Ils ne sont pas handicapés ; ils ont des capacités différentes », a-t-il écrit. Pour changer cette mentalité, Steven propose des stages, mentorats et bourses adaptés à chaque situation. De cette façon, écoles et organisations peuvent nourrir les talents uniques plutôt que de limiter le potentiel avec des attentes dépassées.
Lutte contre l'intimidation et soutien émotionnel
Le plaidoyer de Steven contre l’intimidation est profondément personnel. Il a partagé l’histoire d’un élève de quatrième année qui a été victime d’intimidation quotidienne parce qu’il était différent. « Il m’a dit : ‘Tu es mon héros’ », se souvient Steven. Grâce à cette rencontre, il a voulu montrer le pouvoir transformateur de l’empathie et de la narration. Il appelle aussi à développer davantage de programmes d’éducation émotionnelle et de soutien entre pairs.
Services de soutien aux familles
Steven reconnaît la pression immense vécue par les familles d’enfants ayant des besoins spéciaux. Il a exhorté les décideurs politiques à élargir l’accès à des services de conseil abordables, de répit et de soutien émotionnel pour les parents. « Les gens tiennent pour acquis que leurs enfants naîtront sans problème », écrit-il, « Mais quand un diagnostic tombe, le stress et l’angoisse qu’il provoque sont inimaginables. »
Augmenter le logement et le soutien financier pour la vie autonome
Enfin, Steven a appelé à un meilleur financement et à des programmes de logement accompagné pour les personnes capables de vivre de manière indépendante. Il préconise aussi un encadrement professionnel et émotionnel à proximité. « Au Québec, le montant de 1 673 $ de la Solidarité sociale plus les 200 $ de prestation d’invalidité ne suffisent pas pour vivre », a-t-il écrit. Selon lui, il faut créer des programmes pilotes qui enseignent la budgétisation, la cuisine et la gestion du quotidien pour renforcer l’autonomie.
En conclusion, Steven a exprimé son espoir que cette proposition soit perçue comme une étape vers un Canada plus compatissant et plus solidaire. Il a aussi réfléchi à l’influence décisive de sa famille :
« J’ai eu la chance d’avoir une famille qui n’acceptait pas les limites que la société m’imposait », a-t-il écrit.« Au lieu de cela, ils m'ont poussé et encouragé, sachant que je pouvais être plus. Imaginez à quoi ressemblerait le monde si nous faisions tous cela. »
Une reconnaissance à travers le Canada
À la suite de cette initiative, plusieurs gouvernements provinciaux ont reconnu la valeur du plaidoyer de Steven. Chaque réponse a mis en lumière l’importance de son engagement et de sa perspective humaine.
En Nouvelle-Écosse, le Bureau de toxicomanie et de santé mentale a salué son dévouement. Il a confirmé sa collaboration avec Autism Nova Scotia pour renforcer les services de santé mentale et de handicap dans le cadre du Plan d’action sur l’autisme. La directrice générale par intérim a remercié Steven pour son témoignage et son implication. Elle a assuré que sa proposition avait été transmise aux responsables des travaux connexes.
Par ailleurs, à Terre-Neuve-et-Labrador, la ministre de la Santé a également reconnu les efforts de Steven pour sensibiliser aux défis systémiques vécus par les personnes autistes et leurs familles. Ces difficultés concernent notamment l’éducation et le soutien aux proches aidants. Elle a précisé que la province travaille activement à rendre les services plus accessibles. Ses recommandations seront étudiées dans le cadre de ce processus.
En outre, en Saskatchewan, les ministres de la Santé et des Services sociaux ont mis de l’avant les investissements constants dans les programmes liés à l’autisme et à la santé mentale. Pour l’exercice 2025-2026, 14,3 millions de dollars seront consacrés au Programme de financement individualisé pour le trouble du spectre de l’autisme. Des fonds additionnels iront aussi aux services de diagnostic, aux consultants et aux organismes communautaires. Les ministres ont reconnu que la vision de Steven rejoint leur objectif : élargir les soins inclusifs et fondés sur des données probantes.
À travers toutes ces réponses, un message commun émerge : le plaidoyer de Steven résonne. Grâce à son engagement constant, il contribue à bâtir un dialogue national sur la compassion, l’accessibilité et la dignité. Son parcours rappelle que l’inclusion véritable commence par la reconnaissance du potentiel de chacun.
👉 Pour en savoir plus sur les initiatives et le parcours créatif de Steven, visitez sa page Facebook.