Lorsque Hannelore Coeckelberghs a reçu son diagnostic d’autisme il y a huit ans, cela lui a permis de comprendre des années de difficultés professionnelles qui l’avaient souvent laissée dépassée et sans soutien. Ce diagnostic, bien qu’il soit arrivé tard, a marqué un tournant décisif.

Premiers emplois et persévérance discrète

À 22 ans, Hannelore a commencé son tout premier emploi temporaire, saisissant des coordonnées dans une base de données.

« C’était très ennuyeux après deux semaines, » a-t-elle confié, « mais j’ai réussi à aller jusqu’au bout des six mois. »

Elle ne le savait pas encore, mais sa volonté de terminer chaque tâche, aussi monotone ou épuisante soit-elle, allait devenir à la fois une force et un fardeau.

Une candidature imprévue… pour neuf ans

Hannelore devait partir en stage en France, mais ne s’en sentait pas capable. Elle a donc envoyé sa candidature à une grande entreprise de logistique. Ce qui devait être une alternative temporaire s’est transformé en neuf années sur le quart de nuit.

Bien que ce poste lui ait offert une certaine structure, la charge de travail est vite devenue intenable.

« Après cinq ans, je faisais le travail de deux personnes à moi seule, » raconte-t-elle. « J’en ai souvent parlé à ma supérieure, mais elle ne m’a jamais écoutée. Au contraire, on m’ajoutait toujours plus de tâches. »

Malgré ses tentatives de s’affirmer, la pression n’a fait qu’augmenter.

« Je voulais toujours faire mon travail correctement, alors je prenais tout sur moi jusqu’à ce que je n’en sois plus capable. »

Certaines tâches étaient aussi particulièrement éprouvantes sur le plan sensoriel et social :

« Ce qui est difficile pour moi, c’est de téléphoner, je fuyais littéralement le téléphone, et de parler devant un groupe. »

Mais ces défis étaient rarement pris en compte ou adaptés.

Épuisement, diagnostic et transitions difficiles

En 2018, Hannelore a vécu un épuisement professionnel et une dépression. Elle a pris une pause d’un an et a finalement décidé de ne pas retourner à son emploi. Elle a ensuite tenté plusieurs contrats temporaires, sans pouvoir les mener à terme.

« C’est pendant cette période que j’ai été diagnostiquée, » se souvient-elle.

Grâce à un programme de services en emploi, elle a entamé une nouvelle série de stages, dont un dans une entreprise où elle ne se sentait pas bien. Même si elle souhaitait partir, son superviseur de stage lui a dit qu’elle devait rester.

Après un an, elle a de nouveau craqué et a entamé une thérapie de trois mois.

« Mon supérieur m’a toujours soutenue et ne m’a jamais blâmée pour ça, » dit-elle, l’un des rares exemples de compréhension véritable vécue à cette époque.

Un soutien inattendu : la famille

Le véritable tournant est survenu lorsque son frère a repris une entreprise de sablage industriel et lui a proposé un poste. Elle y travaille depuis.

« Mon frère connaît mes difficultés et il m’écoute vraiment, » dit-elle. « Il propose toujours des solutions. Il respecte mes limites. »

Le début n’a pas été facile :

« Au départ, c’était difficile », reconnaît-elle.

Mais au fil du temps, le dialogue a permis de bâtir une compréhension mutuelle.

« Je ne suis pas une grande communicatrice, alors ça a pris du temps avant que je puisse exprimer ce dont j’avais besoin. Mais oui, il a écouté. »

Des stratégies concrètes pour se préserver

Pour rendre ses journées de travail plus supportables, Hannelore a mis en place ses propres stratégies. Plutôt que de prendre une longue pause, elle en fait plusieurs plus courtes dans la journée.

Elle s’est même fait tatouer un mot sur l’avant-bras pour se rappeler de ralentir :

« Je me suis fait tatouer le mot limites sur le bras. Je le regarde souvent, et ça me rappelle de respecter mes limites et de prendre une pause quand j’en ai besoin. »

Un message aux employeurs : écoute et respect

Quand on lui demande ce qu’elle aimerait que les employeurs et collègues comprennent davantage sur les personnes neurodivergentes, Hannelore répond sans hésiter :

« Écouter et respecter les limites. Surtout écouter. Quand quelqu’un dit “je ne peux pas faire ça”, il ne faut pas insister. Il faut le prendre au sérieux. »

Elle rappelle que les apparences peuvent être trompeuses :

« Ce n’est pas parce qu’on fait bien notre travail et qu’on donne l’impression que c’est facile que ça l’est, » dit-elle. « Ça demande beaucoup d’énergie juste pour traverser une journée. Et l’envie irrésistible d’accomplir toutes nos tâches est vraiment épuisante. »

Pour elle, le secret d’un emploi durable réside dans l’équilibre :

« Il faut apprendre à se pousser, mais jamais jusqu’à se dépasser au point de se briser. »

En conclusion : ne pas abandonner

Même si elle a souvent eu du mal à se faire entendre, Hannelore encourage les autres à continuer d’essayer.

« Il y a toujours quelqu’un qui peut vous aider, mais il faut oser parler. Et même si personne n’écoute au début, n’abandonnez pas. Il y aura toujours quelqu’un, un jour, qui écoutera. »

Avant la fin de l’entretien, elle a tenu à adresser un remerciement particulier à la personne qui a fait toute la différence :

« Je veux dire un grand merci à mon frère, » dit-elle. « C’est la personne qui m’a le plus écoutée et qui a le plus de patience parmi toutes celles que j’ai rencontrées. »