Ce n’est qu’à l’âge de 40 ans que Kelly Crabbé, ingénieure DevOps chez Loop Earplugs, a enfin reçu les diagnostics qui ont donné un sens à toute une vie de contradictions internes : autisme de niveau 1 et TDAH combiné. Avant cela, elle avait reçu une série d’étiquettes : trouble de la personnalité limite, trouble anxieux généralisé, voire même « hystérie ». Ce dernier, se souvient-elle en riant, était « vraiment freudien de la part de ce médecin ».
La clarté est venue lorsqu’un supérieur, dans une ancienne entreprise, lui a gentiment suggéré qu’elle pourrait avoir un TDAH. Kelly a d’abord rejeté l’idée.
« Le TDAH, c’est pour les garçons », pensait-elle. Son seul point de comparaison était un camarade de classe qui ne tenait pas en place. « Je ne fais pas ça », insistait-elle. Mais son patron a souligné que si, en réalité, juste différemment. « Tu le fais quand tu parles. Tu es très chaotique, tu ne te concentres pas sur une seule chose, et tu changes de tâche constamment », lui a-t-il dit.
Ses paroles ont conduit Kelly à passer une évaluation formelle. Le diagnostic a été confirmé, et bien que ce supérieur ait été compréhensif, sa nouvelle gestionnaire a réagi tout autrement. Lorsque Kelly a divulgué ses diagnostics, elle a été mal reçue, puis licenciée.
Du soutien à l’épuisement
Kelly s’était déjà sentie soutenue au travail. Mais après une réorganisation de la direction, elle s’est retrouvée dans une équipe où elle ne se sentait plus en sécurité psychologique. L’environnement était surstimulant, rigide, bruyant.
« Je ne peux pas filtrer les sons à cause de mon oreille », a expliqué Kelly, qui est sourde d’une oreille. « Et je ne peux pas non plus filtrer les sons à cause de tout le reste », a-t-elle ajouté, faisant référence aux sensibilités sensorielles liées à la neurodivergence.
Elle a demandé la permission de porter un casque antibruit. On le lui a refusé. Rapidement, ses capacités ont commencé à s’effondrer.
« J’ai perdu la capacité de formuler des phrases cohérentes », se souvient-elle.
Son médecin a diagnostiqué un burn-out. Elle a pris un congé médical et a reçu une mise en garde officielle des RH dès le lendemain.
S’épanouir chez Loop : une entreprise qui sait écouter
Aujourd’hui, Kelly travaille chez Loop Earplugs, une entreprise qui ne se contente pas de vendre le silence, elle le défend. Leur devise, « Vivez la vie à votre volume », résonne personnellement. Elle travaille aux côtés de collègues également neurodivergents, dont un gestionnaire avec un TDAH.
« Ils sont un peu fous », plaisante-t-elle affectueusement, « mais c’est fun. »
Il y a des chiens d’assistances, des cabines silencieuses, des jouets sensoriels, et même un budget pour acheter des casques antibruit, tout est en place pour créer un environnement accessible. Lorsqu’elle est allée faire un câlin à un des fondateurs, puis a eu peur d’en avoir trop fait, il lui a écrit : « Ne change surtout pas qui tu es, c’est merveilleux comme ça. »
Travailler avec du cœur
Chez Loop, les attentes sont élevées, mais l’empathie l’est aussi.
« Il y a beaucoup de chaos, et parfois ça m’atteint », admet Kelly. « Mais ils m’ont embauchée pour ma capacité à voir les schémas et les flux de données. »
Pour elle, les données sont visuelles et intuitives. Elle les voit comme des fils semi-translucides qui circulent dans les systèmes.
« Si je ferme les yeux et que je vois comment les données se transforment, alors je comprends le système. Sinon, c’est foutu. »
Ce don pour les schémas est sa force, et chez Loop, les différences sont accueillies avec respect.
« Si je passe une très mauvaise journée, je peux simplement dire : je me déconnecte, et je rattraperai plus tard. »
Vivre sans masque
Aujourd’hui, Kelly est fière d’être neurodivergente, queer et sourde d’une oreille, non pas par obligation, mais pour aider les autres à se sentir moins seuls.
« Si ça peut aider ne serait-ce qu’une personne, alors ça valait le coup. »
Elle ne se pousse plus au-delà de ses limites.
« Si mon gestionnaire pense avoir une mauvaise nouvelle, il me l’annonce et met fin à l’appel. Le lendemain, on reprend la discussion, une fois que j’ai pu digérer l’information. Il me donne du temps de traitement. »
Elle écoute son corps, marche avec son chien, utilise la musique pour se réguler, et se permet de stimmer en public.
« Je m’en fiche de ce que les gens pensent. »
Changer le récit
L’acceptation de soi a tout changé. Là où elle se blessait autrefois pour faire face, elle cherche désormais à se comprendre.
« Depuis mon diagnostic, je me comprends beaucoup mieux. Je ne me suis plus fait de mal depuis. Bon, peut-être une seule fois. Mais je gère beaucoup mieux mes explosions. »
Ce qui a fait la différence, ce n’est pas de changer qui elle est. C’est d’avoir trouvé un lieu où elle pouvait être pleinement elle-même.
« Si je crois à fond en quelque chose, je vais me donner à fond. Vous allez me voir passionnée et investie. Mais laissez-moi être moi. »
Un message pour celles et ceux qui se reconnaissent
« Si je repense à mes anciens emplois, ma vie aurait été très différente si j’avais travaillé pour des gens plus compréhensifs », dit Kelly.
Trop souvent, ses demandes de soutien étaient perçues comme de l’improductivité plutôt qu’un besoin non comblé.
Son message, en particulier pour les femmes dont la neurodivergence a été ignorée ou mal diagnostiquée, est clair :
« Nous ne sommes pas cassées. Nous ne sommes pas hystériques. On masque parce qu’on y est forcées, et c’est épuisant. On est légitimes. Point. On en a assez. »
