Pour Manshuk Ahmetzhan, spécialiste certifiée en ressources humaines avec une expertise internationale, la compréhension de la neurodiversité n’a pas commencé avec son propre diagnostic, mais avec celui de son fils.

Pendant la pandémie, comme beaucoup de parents, elle a dû faire face à une rupture soudaine du quotidien. Les écoles et les garderies ont fermé, et sa famille s’est retrouvée confinée dans un petit appartement.

« Au début, je pensais échouer comme maman », se souvient-elle. « Mon fils de 3 ans et moi étions tous les deux distraits et dépassés. Même mon mari neurotypique avait de la difficulté. C’était le cas pour tout le monde. »

Lorsque son fils a ensuite reçu un diagnostic formel de TDAH, l’expérience est devenue un miroir. Elle a commencé à reconnaître ses propres schémas, des traits qu’elle portait depuis l’enfance.

« C’est une copie de moi sur le plan comportemental », réfléchit-elle. « Quand j’avais son âge, je n’avais pas de difficulté scolaire, mais je luttais avec des comportements qui n’étaient pas bien compris à l’époque. »

En grandissant au Kazakhstan, le TDAH n’était jamais abordé. La réussite scolaire était non négociable. Manshuk excellait dans les matières qui suscitaient son intérêt, devenant souvent perfectionniste, mais dans les domaines qui l’intéressaient moins, il lui était beaucoup plus difficile de maintenir sa concentration.

« Avec le recul, je comprends pourquoi tant de personnes neurodivergentes brillent autant », dit-elle. « Quand on se passionne pour quelque chose, on plonge profondément et on performe à un niveau très élevé. L’intérêt alimente l’excellence. »

Une carrière interrompue et un tournant

Après avoir déménagé au Canada et obtenu un diplôme d’études supérieures à l’Université McGill, Manshuk a rejoint une firme financière mondiale. La culture y était très structurée et traditionnelle, et la flexibilité quasi inexistante.

Avec l’arrivée du télétravail pendant la COVID, la pression s’est intensifiée. Elle est devenue la première personne-ressource pour les employés, dont les demandes avaient soudainement doublé ou triplé, tout en devant gérer ce volume avec la même petite équipe et en utilisant du matériel personnel inadéquat pour un usage professionnel.

Un jour, lorsque son ordinateur a figé pendant un appel d’équipe, son gestionnaire a lancé en plaisantant qu’elle était partie prendre un café. L’équipe a ri; mais pas elle.

« Après des mois de performance constante et sans jamais demander de congé, je croyais que ma fiabilité était claire », se rappelle-t-elle. « Mais en l’absence de confiance, même de petits problèmes techniques peuvent être interprétés comme un manque d’engagement. »

Elle a finalement été congédiée pour « manque d’attention aux détails ». La décision l’a surprise, elle qui avait toujours reçu des éloges pour la qualité de son travail et son engagement. Il est devenu clair que le véritable problème n’était pas sa performance, mais un décalage culturel.

Redéfinir le succès par l’entrepreneuriat

Plutôt que d’accepter des systèmes rigides, Manshuk a décidé de bâtir le sien. En 2022, après avoir réussi un examen rigoureux de certification en RH et acquis une expérience supplémentaire, elle a lancé Phrcert.com, une plateforme conçue pour rendre la préparation aux certifications en RH accessible aux véritables professionnels, particulièrement ceux et celles qui jonglent avec un emploi exigeant, des responsabilités familiales et des styles de pensée neurodivergents.

« Quand je crée du contenu, je pense à des personnes comme moi et mon fils », explique-t-elle. « Nous avons besoin de ressources structurées mais flexibles, exigeantes mais accessibles, et toujours claires. »

Sa méthodologie met l’accent sur :

  • des séances d’apprentissage de 15 minutes au lieu de marathons intenables
  • des outils visuels qui favorisent la mémoire mieux que des PDF denses
  • des questions basées sur des scénarios réels en RH
  • des systèmes positifs et sans culpabilité, conçus pour maintenir l’élan, pas pour punir

Son objectif : transformer non seulement les taux de réussite, mais aussi l’expérience d’apprentissage des professionnel·le·s.

Vivre avec le TDAH : outils et stratégies

Dans son propre travail, Manshuk utilise des systèmes pour canaliser son énergie de façon productive :

  • un calendrier structuré par blocs de temps
  • la matrice des priorités d’Eisenhower pour distinguer « urgent » de « important »
  • des outils de gestion de projet comme Asana pour ses tâches professionnelles et Monday.com pour sa planification personnelle

« Je garde mes systèmes personnels et professionnels séparés », ajoute-t-elle. « Cette séparation m’aide à rester présente dans les deux sphères. »

Un message aux employeurs

Sa philosophie de leadership est simple : la confiance plutôt que la punition, la flexibilité plutôt que la rigidité.

« Les employés ne devraient pas avoir besoin d’un billet du médecin pour mériter de la flexibilité », dit-elle. « Chaque demande devrait être examinée avec empathie, dans des cultures où les gens se sentent en sécurité de demander ce dont ils ont besoin. »

Elle souligne que les employés neurodivergents n’ont pas besoin d’un « traitement spécial ». Ils ont besoin de soutien, et de leaders qui assument la bonne intention.

« Lorsque les leaders incarnent l’empathie et la transparence, c’est toute la culture qui change. L’inclusion commence au sommet. »

Dernières réflexions : repos et fébrilité

Pour expliquer le TDAH, Manshuk propose une métaphore :

« Imaginez passer une semaine en forêt sans internet. Une personne neurotypique pourrait se reposer. Une personne avec un TDAH va commencer à construire, exécuter et s’épuiser. L’esprit se repose rarement. Voilà pourquoi la planification, la routine et le soutien sont si importants. »

Pour en savoir plus sur ses services et ses initiatives, vous pouvez visiter son site web : www.phrcert.com ou la contacter directement sur LinkedIn.