Faites la connaissance de Marisa McClure, intervenante chez Grands Frères Grandes Sœurs de l’Ouest-de-l’Île. Diagnostiquée avec un TDAH en 2016, puis avec une dyspraxie et une dyscalculie en 2021, la neurodivergence de Marisa façonne sa manière d’interagir avec le monde. Elle apporte des élans de créativité, d’hyper concentration et de résilience, mais aussi des moments de frustration et d’incompréhension.

« La dyscalculie, c’est un peu comme la dyslexie, mais avec les chiffres », explique-t-elle. « Je ne peux pas faire de calcul mental ni visualiser les chiffres dans ma tête. Donc, avec les numéros de téléphone, je dois les dire à voix haute, sinon ils se mélangent dans ma tête. »

La dyspraxie, de son côté, provoque des difficultés de coordination physique.

« Je me cogne contre les choses. Je ne peux pas faire de sport ni reproduire un mouvement de danse juste en regardant quelqu’un. Si j’essaie de monter un meuble IKEA, je lis les instructions et je finis par le monter à l’envers. »

Bien que ces différences soient invisibles pour beaucoup, elles ont eu un impact important sur sa vie professionnelle.

« Ça me grattait le cerveau de la bonne façon »

Le premier emploi de Marisa comme sauveteuse ne correspondait pas à ses attentes. Les longues périodes d’inactivité la laissaient sous-stimulée et désengagée. Les choses ont changé quand elle a décroché un emploi dans le travail de restauration rapide.

« C’était stressant, mais moi, j’adorais ça parce que ça me grattait le cerveau de la bonne façon », a-t-elle dit. « J’adorais le rythme rapide, le multitâche. Même quand c’était chaotique, je finissais la journée en pensant : c’était fun. »

Mais s’épanouir dans un environnement dynamique ne suffisait pas à surmonter tous les obstacles. De nombreux emplois reposaient sur des consignes verbales, un mode d’apprentissage qui ne lui convenait pas.

« J’apprends mieux en pratiquant. Je dis toujours que j’apprends le mieux en faisant des erreurs, j’ai juste besoin de le faire moi-même et de comprendre pourquoi je fais les choses d’une certaine manière. Si quelqu’un est simplement assis à côté de moi en train de me dire quoi faire, ça me sort complètement de la tête. »

Ce décalage entraînait souvent des malentendus et des erreurs évitables — non pas par manque d’effort, mais parce que ses besoins d’apprentissage n’étaient pas pris en compte.

Avec le temps, l’ambiance autrefois positive s’est détériorée. Un gestionnaire s’est mis à souligner ses erreurs passées pour remettre en question ses compétences et lui retirer graduellement des responsabilités.

« Si je me présente et que je fais de mon mieux, mais que j’ai l’impression que quelqu’un pense que je ne suis pas intelligente ou que je ne fais pas d’efforts, ça finit par m’épuiser. »

Un endroit où on la voit

Tout a changé quand Marisa a rejoint une petite clinique avec une équipe compatissante et ouverte d’esprit. Pour la première fois, elle a senti que sa neurodivergence n’était pas seulement tolérée, mais valorisée.

« Quand je leur présentais de nouvelles idées ou des projets sur lesquels je voulais travailler, ils valorisaient vraiment mon opinion et m’écoutaient réellement. Ils me disaient : « Je pense que c’est une excellente idée », au lieu de dire : « Contente-toi de faire ton travail et tais-toi. » Ils m’ont permis de puiser dans ma créativité et mes compétences, au lieu de se concentrer uniquement sur ce que j’avais mal fait. »

Elle n’était pas parfaite dans tous les domaines. Par exemple, les ventes ne lui venaient pas naturellement.

« Je pense de manière très logique. Donc, si un client me disait qu’il n’avait pas besoin d’aide, je le laissais tranquille. Mais mon employeur ne m’en a jamais tenu rigueur. Ils se concentraient sur ce que je faisais bien. Je me suis vraiment sentie valorisée pour mes forces. »

Travailler dans un endroit où elle se sentait comprise lui a donné un sentiment d’appartenance qu’elle n’avait jamais ressenti auparavant.

« Je ne me sentais pas juste comme une employée, j’avais l’impression qu’ils me comprenaient. Être comprise, c’est quelque chose de très important pour moi, parce que toute ma vie, en tant que personne neurodivergente, j’ai toujours eu l’impression de devoir trop m’expliquer, parce que les gens ne comprennent pas. Je dois constamment défendre mes besoins. Mais dans cet emploi, j’avais vraiment l’impression qu’ils comprenaient, qu’ils voyaient qui j’étais vraiment. Ils ont fait l’effort de reconnaître mes forces et d’apprendre à me connaître en tant que personne. »

Plaidoyer, ouverture et forces mal comprises

Aujourd’hui, Marisa utilise différentes stratégies pour se soutenir au travail : rappels visuels, alarmes et routines qui l’aident à gérer sa perception du temps et son organisation. Surtout, elle parle ouvertement de ses diagnostics.

« Ce qui m’a vraiment aidée à faire face, c’est d’en parler avec les gens, de dire que j’ai un TDAH. Essayer de m’autodéfendre, expliquer les accommodements dont j’ai besoin et m’exprimer davantage, ça m’a aidée, parce que la plupart du temps, les employeurs sont prêts à vous accommoder ou au moins à vous écouter. »

Mais cette ouverture ne mène pas toujours à la compréhension. Dans un emploi précédent, elle a entendu un responsable remettre en question les capacités d’un candidat atteint de TDAH.

« Ça me frustrait. Je me disais : j’ai un TDAH, je travaille fort et vous aimez mon travail. Mais j’ai l’impression que beaucoup de gens ne voient que les aspects négatifs. Quand ils pensent aux personnes neurodivergents, ils pensent seulement aux cas extrêmes dont on entend parler dans les médias. Pour eux, TDAH veut dire être super hyperactif. L’autisme veut dire être non verbal. Ils ont tendance à tous nous mettre dans le même panier. »

Marisa souhaite que plus d’employeurs reconnaissent les forces des personnes neurodivergents : la créativité, l’innovation, les perspectives alternatives.

« J’aimerais que plus d’employeurs connaissent les forces liées à la neurodivergence. Les personnes neurodivergents sont très créatives et attentives aux détails, donc j’aimerais qu’ils réalisent que c’est un atout d’avoir de nouvelles perspectives dans une équipe. »

S’épanouir, c’est être vu

L’histoire de Marisa est celle d’une persévérance, mais aussi d’une possibilité. C’est une histoire qui montre ce qui est possible quand on laisse les gens se présenter dans leur entièreté. Elle prouve qu’un environnement soutenant peut révéler un potentiel souvent négligé. Et surtout, elle rappelle ce dont les gens ont besoin pour s’épanouir : être vus, être valorisés et être compris, non pas malgré leur neurodivergence, mais grâce aux forces uniques qu’elle apporte.